Blogue

Flux RSS

Recherche d'emploi

La moralité d’un chercheur d’emploi

Publié le 29 novembre 2021

Lorsqu’on considère les enjeux d’éthique et de gouvernance dans les organisations, on pourrait avoir tendance à penser que les employeurs seraient particulièrement intéressés à embaucher des candidats qui démontrent un jugement moral au moment de la sélection. Mais puisque les employeurs eux-mêmes ne répondent pas toujours aux plus hauts standards de moralité, on est en droit de se demander s’il est avantageux, pour un candidat, de montrer un sens moral élevé dans tous les contextes. Yam, Reynolds, Wiltermuth et Zhang ont cherché à répondre à cette question dans un article qui a paru dans Personnel Psychology.

Dans la première de leurs quatre études, ils ont obtenu la collaboration de 215 professionnels américains impliqués en sélection d’employés. La moitié ont évalué la vidéo d’un candidat qui racontait une histoire neutre à propos d’un défi avec un collègue, et l’autre moitié ont évalué une vidéo où le candidat montrait sa moralité en refusant d’enfreindre les règles à la demande de ce collègue. Les participants devaient se positionner sur la pertinence de l’embaucher pour un emploi en ventes dans l’industrie du tabac ou dans la vente au détail. Les chercheurs ont trouvé que, pour les candidats moraux, l’employabilité était évaluée différemment selon la moralité perçue de l’industrie, ce qui n’était pas le cas pour les candidats qui avaient raconté une histoire neutre. Pour l’industrie du tabac, les candidats moraux étaient évalués comme moins employables que les candidats neutres.

Alors si montrer sa moralité peut nuire à un chercheur d’emploi, devrait-il carrément s’afficher comme immoral? Cela ne semble pas être le cas, puisque dans une étude subséquente ils ont trouvé que le fait de raconter une histoire immorale ne donnait pas un avantage aux candidats, y compris dans des industries plus controversées. Ces résultats ont été répliqués en Chine, ainsi que pour une entreprise dans les énergies fossiles.

Il semble donc que les interviewers ont des préjugés quant à l’impact d’embaucher un candidat qui a des valeurs morales fortes pour des industries perçues comme moins morales. Les auteurs soulignent justement que sont ces organisations qui auraient le plus besoin de leur apport. Leur dernière étude offrait toutefois une avenue intéressante pour les organisations. Lorsqu’ils faisaient lire un message sur les valeurs d’une entreprise du secteur énergétique qui mettait l’accent sur son rôle social, les interviewers avaient tendance à privilégier les candidats moraux aux candidats neutres. Cela montre donc que ces messages sur les valeurs, qui peuvent parfois paraître plus liés aux relations publiques qu’aux pratiques réelles, peuvent avoir un impact sur les pratiques de gestion des ressources humaines.

Commentaires